INSOMNIE DES PARTICULES

Nous n’avons pas dormi cette nuit
Tous les cinglés qui m’habitent sont unanimes
Je prépare une réunion
Le Haut-conseil de mes personnalités multiples
Ils sont là, à siroter du malt, à regarder le ciel, à se malaxer les burnes
À relire en boucle la poésie de Brautigan, à avaler une cafetière
À cueillir des champignons hallucinogènes au milieu des bouses de vache
À mater les films de Jacques Audiard, à se faire toute la discographie de Steely Dan
À relire 100 fois mon dernier texte, à prendre la direction du lac dans le petit matin
La brume recouvre la surface de l’eau et celle de ma conscience
Nous n’avons pas dormi cette nuit
À lancer nos flèches tel des Indiens crucifiés, à attaquer des trains de marchandises farcis de hobos
À parler aux bisons planqués dans les angles morts, à réparer des moteurs huileux dans des arrière-cours mexicaines
À grimper aux arbres et à contempler la canopée sous la lune
Il y a des poids de dix, quinze, vingt kilos qui trainent sur le sol et qui s’enfoncent dans les lattes du parquet
La gravité creuse des trous de ver dans le barnum de mes neurones
Au niveau subalterne nous prenons de l’altitude
La cave est un grenier qui donne sur le jardin intérieur
La cuisine est le dernier repère avant la station orbitale
Dans chaque goutte d’eau un multivers qui finit dans la bonde
Nous n’avons pas dormi cette nuit
Les prisonniers traînent leurs chaînes dans leurs cellules et donnent le nom de leurs prisons à haute voix ou l’écrivent sur du papier de verre
Les fans de sport décrivent des arcs de cercle avant de se rétamer dans la poussière
Il y a celui qui écoute All things must pass de George Harrison et qui dort dans le jardin
Il y a celui qui met une cravate, même pour dormir, même pour écrire des histoires invraisemblables d’aliens et de détectives privés et de blondes sculpturales raturées de clichés
Celui qui est au volant dans l’Est de la Pologne et qui regarde dans le rétroviseur
Celui qui se balade sur les toits en cherchant le satori
Le pote de Jack, de Jim, de John et de Richard, comment oublier Richard ?
Nous sommes une petite troupe vissée à l’écorce terrestre scrutant désespérément le tissu du baldaquin
La prochaine fois, je vous parlerai de mes vies antérieures.

© Richard Tabbi mars 2025

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