Maryssa Rachel est quelqu’un de bien. D’abord elle lit Céline sur YouTube avec talent et conviction. Je l’ai aussi entendue lire Arthur Zingaro avec autant de talent et de conviction. Ensuite elle a été éditée par Franck Spengler, l’éditeur qui m’a mis sur les rails, et ça, ça n’est pas anodin quand on connaît le bonhomme, ça donne le sentiment d’appartenir un peu à la même famille.
Maryssa Rachel vient d’écrire un polar sous la direction de Serguei Dounovetz, ça aussi, ça compte, d’autant que Jean-Bernard Pouy est dans le coup et que le polar en question est une énième enquête du Poulpe, le détective aux longs bras imaginé par le père Pouy en 1995. Enfin, pas exactement. Parce que le Poulpe a une fille, figurez-vous. Enfin, une fille adoptive, débarquée de Bolivie, elle a vingt-quatre ans, elle est web journaliste, elle sème le merdier partout où elle passe et elle se plaît à traiter le Poulpe de vieux croûton mal fringué.
Gabriella, c’est son prénom, enquête sur le meurtre d’un salaud, un vrai, qui coche toutes les cases de la dégueulasserie. Gabriella, comme le Poulpe, est un peu SDF, résolument borderline, elle conchie le bourgeois et fréquente la « colline du crack », elle y glane des informations, donne des coups de mains, des coups de poings. Oui, parce qu’y faut pas la chercher, Gabriella, elle en a chié dans les prisons boliviennes, elle connait la vie, l’argomuche, les combines, elle a de la ressource, du répondant, du retour….
Maryssa Rachel a une voix singulière, une langue bien à elle, bien pendue, un amour de la chose argotique qui transparaît à chaque page, ce patrimoine populaire qu’il faut défendre à tout prix. Et Maryssa le fait avec brio dans ce polar au titre audiardesque.
© Richard Tabbi octobre 2024
